La monarchie absolue française : définition, datation, analyse d'un régime politique controversé

Interprétés selon les règles de la méthode historique, les textes
prouvent que si Louis XIV n'a jamais déclaré «L'État, c'est
moi», il le pensait et avait raison de le penser, contrairement à ce
que soutiennent nombre d'historiens à la suite de François
Olivier-Martin. L'idée n'était pas seulement dans l'air, au XVII<sup>e</sup>
siècle, mais au coeur même d'une monarchie justifiant enfin ce
nom. Car, plus encore que ses prédécesseurs, le Roi Soleil a
franchi toutes les limites de principe imposées à son pouvoir par
la doctrine. Il a ainsi instauré cette monarchie dite
pléonastiquement "absolue", qu'ont héritée et fait fonctionner,
avec des hauts et des bas, ses deux successeurs victimes de leur
manque de caractère et de leurs bonnes intentions. Un régime
politique qui ne s'impose pas au monarque mais qu'il crée chaque
jour par sa propre existence. Un régime politique dont son intérêt
bien compris l'incite néanmoins, en général, à respecter les règles
par lui-même imposées. Un régime politique excluant tout partage
du pouvoir de décider, même si, pour des raisons à la fois
matérielles et tactiques - celles-ci compréhensibles seulement à
la condition de s'abstraire de la conception actuelle de l'Etat et de
son rôle - et dans des domaines jugés alors secondaires,
l'obéissance n'était ni rigoureusement requise ni consentie
spontanément. Un régime auquel il convient par conséquent de
conserver son appellation traditionnelle.