La genèse d'une culture locale d'entreprise au nord-est de l'Italie

Jusqu'à la fin des années soixante, Bessica, village de deux mille
habitants de la plaine vénitienne, était l'emblème au niveau local de la
marginalité matérielle et culturelle. Ses habitants vivaient au bord de
la misère et avaient accumulé depuis longtemps la renommée de
personnes rudes, hargneuses et combatives. Etant restée aussi exclue
du processus d'industrialisation de l'après-guerre, Bessica paraissait
définitivement reléguée à la condition d'une enclave de pauvreté au
sein d'une région au développement rapide.
En dépit de ces prémisses et de façon tout à fait inattendue, le
village fut protagoniste, pendant la décennie suivante, d'un processus
de développement aussi éclatant qu'original, qui le conduisit vite au
rang de protagoniste vers le commerce des plantes de jardin.
Le caractère très circonscrit de ces processus, ainsi que le retard et
la spécificité de son parcours ont offert une excellente occasion pour
mener une enquête, dans une situation presque in vitro , sur la genèse
d'une culture locale d'entreprise. Un sens très fort d'identité locale
s'accompagnant d'une attitude à la compétition avec l'extérieur
s'avère un des facteurs fondamentaux pour la formation d'un esprit
d'entreprise au sein d'une communauté. Afin que cet esprit puisse se
traduire dans une pratique diffusée et enracinée dans le contexte local,
l'intervention d'un appareil institutionnel, s'appuyant sur un système
de représentations, de valeurs, de normes et de conventions partagées,
devient pourtant nécessaire.
Le travail présenté dans cet ouvrage reconstruit le processus de
longue durée à travers lequel ces facteurs se sont formés au sein d'une
communauté paysanne fort imbibée de valeurs traditionnelles, tout en
soulignant le rôle que les institutions locales - voire la Paroisse - ont
joué jusqu'à aboutir à un essor inattendu et même paradoxal.