La disqualification des experts : communications prononcées lors des Entretiens de l'Académie des sciences morales et politiques, au Palais de l'Institut de France, le lundi 28 novembre 2011

Par nature, l'expertise s'adresse à des inexperts désireux d'obtenir des
avis autorisés sur des sujets qui les concernent et les préoccupent.
Le rapport qui lie les experts au grand public ne peut aboutir que
si les uns inspirent et les autres font confiance. Or, ce lien semble
aujourd'hui affaibli. Les raisons en sont multiples. Une succession
d'accidents et de scandales, une frilosité exigeant des garanties
toujours plus sûres, le sentiment que l'humanité se trouve au seuil
de développements dont la maîtrise peut lui échapper, les assauts
de l'idéologie antimoderne et de sa version actuelle écologiste, la
toile informatique accessible à tous les excès de l'irrationalisme, tous
ces facteurs et d'autres encore minent le capital de confiance que
l'opinion publique place dans les experts.
Cette situation ne saurait se prolonger et encore moins s'aggraver
sans conséquences fâcheuses pour tous, car la complexité des affaires
humaines et la multiplication des problèmes imposeront, qu'on
le veuille ou non, de plus en plus d'expertises. Si les experts sont
disqualifiés, le risque devient pressant de décisions irresponsables et
d'orientations calamiteuses.