La collaboration dans la production de l'écrit médiéval : actes du XIIIe colloque du Comité international de paléographie latine, Weingarten, 22-25 septembre 2000

Au-delà de l'image traditionnelle du copiste isolé dans sa chaire solennelle, la production
de l'écrit au Moyen Age a connu des formes multiples de travail en commun, des procédures
raisonnées de partage de la fabrication ou de contrôle de qualité, dont la reconstitution
n'est possible qu'en faisant parler les indices les plus ténus fournis par le produit fini,
livre ou charte.
L'écriture collective, en effet, n'est pas seulement la production/reproduction de
contenus textuels à destination d'un groupe défini : c'est d'abord un art visuel et manuel,
qui repose sur l'apprentissage et la réplication d'un répertoire formel de lettres, d'images, de
mises en pages, à la fois traditionnel et soumis à une constante réélaboration. Après les
scriptoria, des milieux plus larges, comme les communautés universitaires, créeront d'autres
procédures, d'autres modes d'échange et d'autres formes pour d'autres types de produits :
on connaît surtout le système des textes de référence loués «à la pièce» pour servir à la
copie simultanée d'exemplaires multiples. Mais des communautés plus discrètes trouveront
aussi le moyen de multiplier des textes moins autorisés.
L'enquête codicologique, paléographique et philologique révèle les interventions concurrentes
ou successives sur un même texte, de la composition conjointe par deux ou plusieurs
«auteurs» à l'adaptation de textes existants, glose, traduction, remaniement : autant de
perspectives sur les méthodes changeantes du travail intellectuel. Matériellement, les cas où
le même homme peut être auteur, copiste et enlumineur (sans compter la préparation du
parchemin ou de l'encre) sont toujours plus rares : la multiplicité des compétences nécessaires
suppose le concours, en succession organisée, d'un nombre croissant de personnes.
De même, les chancelleries, en s'étoffant, passent de la collaboration informelle avec les
clercs d'une église voisine, voire avec le destinataire lui-même, à une production assurée par
leur propre personnel, selon une organisation structurée qui laisse sur le parchemin des
traces conventionnelles, souvent discrètes et sibyllines. Ces évolutions iront jusqu'à une
minutieuse spécialisation, celle qu'on peut observer à la fin du Moyen Age dans les ateliers
commerciaux de librairie, dont les procédures rationalisées seront en partie héritées par les
premiers typographes.