La Bible moralisée, une oeuvre à part entière : création, sémiotique et temporalité au XIIIe siècle

Avec l'avènement de « la pensée gothique », le christianisme s'est découvert une nouvelle manière d'exprimer la Création et les expériences du temps. Cette manière se caractérise par une sensibilité à la représentation de plénitude dans la Création ( horror vacui ). En prenant les fameuses Bibles Moralisées comme étude de cas, Babette Hellemans met en évidence diverses expériences temporelles du monde de la première moitié du XIII<sup>e</sup> siècle : l'acte de créer, l'incarnation et le débat scolastique sur la notion de présence par rapport à la question de la condition humaine. Le lecteur est engagé dans la découverte passionnante d'une famille cohérente de manuscrits, considérés d'abord dans leur matérialité d' objets - le codex, ses folios de parchemin, le texte du scribe et les médaillons du peintre, les lignes et les couleurs - matérialité à partir de laquelle se révèle le sens du texte et des images. L'auteur produit ainsi une oeuvre scientifique d'essai par son intention herméneutique et aussi par une démarche qui, à la manière des Bibles Moralisées , lie de manière indissociable le présent et le passé. Les références à la philosophie et à la linguistique (Deleuze et Ricoeur par exemple), à la littérature (Proust, Le Clézio), à la peinture et sculpture (Mondrian, Brancusi) ne sont pas de simples ornements - elles nourrissent la pensée de l'auteur et éclairent des aspects essentiels des Bibles Moralisées , telle caractère répétitif des médaillons et la géométrie matricielle de la page, ou encore l'articulation de la paraphrase biblique et de la « signification » ou « moralisation » qui lui répond en écho. L'enjeu de l'ouvrage est soutenu par un souci fondamental pour le débat méthodologique ; l'auteur vise à explorer, tenant compte du contexte historique avec une grande précision, des nouvelles voies de recherche après le postmodernisme et le linguistic turn.