Journal d'une écolière soviétique

Nina avait dix-neuf ans quand elle a été arrêtée par la police secrète
de Staline. Peu après, elle était envoyée au Goulag en même temps
que son père, sa mère et ses deux soeurs. Chef d'accusation : complot
contre la vie de Staline. Pièces à conviction : trois cahiers retrouvés dans
la commode de la jeune fille. Trois cahiers d'écolier griffonnés au jour le
jour pendant quatre ans, entre 1932 et 1936. Trois cahiers auxquels Nina
confiait depuis l'âge de quatorze ans ses peines de coeur, le récit de ses
chahuts de collégienne, ses inquiétudes d'adolescente, son amour de la
littérature et de la poésie... Mais aussi et surtout, sa haine de Staline.
Ces trois cahiers l'ont envoyée en Sibérie pour douze années - un
voyage dont sa mère n'est pas revenue. Retrouvés soixante ans plus
tard dans les archives du KGB, ils forment un document comparable au
Journal d'Anne Frank : même bouillonnement d'une âme adolescente en
plein éveil, même contraste entre la gaieté de l'enfant et l'angoisse d'une
presque femme... Avec, de surcroît, l'étonnante lucidité d'une conscience
politique précoce et des détails inédits sur la vie quotidienne dans la
Russie de Staline.
Aussi frappante que le récit lui-même est la réaction des agents
du KGB chargés de compulser ces pages : les passages considérés
comme antistaliniens ont été soulignés avant d'être retenus à charge
contre la famille de Nina. À eux seuls, ils constituent le plus objectif et le
plus terrible commentaire sur le totalitarisme.