Je suis Charlie : ainsi suit-il...

Il peut apparaître qu'un énoncé facile et consensuel («Je suis
Charlie !») en cache un autre, plus ambigu et litigieux : «Je suis
Charlie !» - du verbe suivre. La formation dans l'instant d'une
masse suiveuse, rassemblée par le plus impérieux des affects
de l'attroupement sous la houlette de l'autorité a été, en effet, l'un
des traits majeurs de la situation nouée en France au lendemain
des attentats de janvier 2015. Le trait grégaire et intolérant de ce
rassemblement placé sous le signe de la tolérance a frappé plus
d'un observateur étranger. Pendant quelques semaines, il n'a pas
fait bon, dans ce pays, ne pas «être Charlie» dans les écoles et les
espaces publics, la censure a fait son oeuvre avec rigueur au nom
de la liberté d'expression et toute faculté critique s'est éteinte dans
la presse et les médias.
Ce livre collectif s'attache, avec le recul nécessaire, à analyser la
face cachée de ce moment inédit de notre histoire politique où le beau
motif de la fraternisation prit le visage déconcertant d'un enseignant
embrassant un policier sous le coup de l'émotion consécutive aux
attentats et à la convocation du peuple par l'autorité publique.