J'ai appris à vivre avec l'absence

J'ai appris à vivre avec l'absence
Moi petite Corse que je suis,
Orpheline,
J'ai reçu en héritage,
Le plus beau des partages :
Une île...
Belle, rebelle, indomptable, sauvage...
Je n'avais que seize ans lorsque papa s'en est allé, à la suite d'un cancer. Après des années de révolte intérieure et de déchirement, j'ai vu maman prendre le même chemin. Devenir orphelin, même à l'âge adulte, est une épreuve inacceptable, inqualifiable. Terminés les repas du dimanche en famille, les mots apaisants de maman, les clins d'oeil complices de papa. Nos origines, corses par ma mère et italiennes par mon père, nous confèrent un attachement viscéral à nos parents. Pour nous, la famille est une sacro-sainte institution, c'est le centre de nos croyances, notre repère, notre port d'attache, elle ne ressemble à aucune autre, entité unique qui s'exprime en tant que telle avec son propre code, identique au code génétique. Cette famille tellement unie se cherchait, partait à la dérive. Après de longues années passées entre la maison et l'hôpital, maman cessa le combat et rejoignit papa, seize ans plus tard... Comment vivre avec l'absence, avec ce vide abyssal ? Alors que notre éducation nous avait toujours rapprochés et fondus dans le creuset familial, la discorde est née... Heureusement, avec le temps qui passe, aujourd'hui, la peine s'est envolée ; j'éprouve enfin un sentiment de bien-être, mes souvenirs m'apportent plus de bonheur que de chagrin...