Idées d'empire en Italie et en Espagne (XIVe-XVIIe siècle)

Loin de se référer à un concept univoque, les textes rassemblés dans ce volume
voudraient montrer comment, à l'épreuve des limites spatiales et temporelles
que nous nous sommes fixées, la question de l'empire acquiert une productivité
politique et philosophique inédite, parce qu'elle se nourrit autant qu'elle se détache
du mythe impérial médiéval.
Dynastique et électif, religieux et philosophique, romain et germanique, territorial
et juridique, l'empire passe alors du statut de catégorie simple, dont la traduction
historique est manifestement impossible, à celui de catégorie complexe,
dont on a le sentiment qu'elle peut exister historiquement. Ainsi la présence manifeste
que donne à l'Empire le parcours historique de Charles Quint permet-elle de
mettre au jour les ambiguïtés et les tensions de cette catégorie flottante entre autorité
abstraite, régime juridique, vision apocalyptique et messianique de l'histoire,
commandement militaire, exigences spirituelles, voire mystiques.
Cet «empire de guerre» n'est donc pas ici une forme structurellement obsolète
à écarter du cheminement prétendument inexorable vers l'État-nation, mais un
des espaces essentiels de déploiement d'une réflexion sophistiquée sur les limites
juridiques et territoriales de la souveraineté, et sur ce que l'on pourrait appeler les
faiblesses de la puissance.