Hors-champs : poésie plastique

Dégager les rapports que les choses ont
entre elles, pour s'en rapprocher, a été de
tout temps le propre de la poésie , dit Pierre
Reverdy. Les peintres cubistes ont appliqué
ce moyen aux objets. Il s'ensuit une reformation
au lieu d'une imitation ou d'une interprétation.
C'est un art de conception : ce que
fut de tout temps l'art poétique. La reformation
de l'objet équivaut à la création poétique
de la phrase non descriptive.
Et lorsque, comme c'est le cas ici avec
Philippe Judlin , l'objet auquel le peintre
applique cet art de conception est la phrase
poétique elle-même... on se trouve devant
un poème qui se donne autant à lire qu'à voir
en sa libre disposition sur la page, et / ou,
simultanément ou substitutivement, devant
une composition plastique ouvrant à des
lectures multiples.
Cette combinatoire sensible en perpétuel
mouvement travaille à une salutaire
entreprise de décloisonnement : pas plus
qu'entre forme et fond il n'y a lieu d'établir
de partage entre les divers modes d'approche
du réel ; non plus qu'entre poète-artiste
et lecteur qui, ensemble même si
tour à tour, plus que jamais font de la page
un espace de création.