Homunculus : critique dostoïevskienne de l'anthropologie

Homunculus : critique dostoïevskienne de l'anthropologie

Homunculus : critique dostoïevskienne de l'anthropologie
Éditeur: Age d'homme
2006278 pagesISBN 9782825136119
Format: BrochéLangue : Français

Cet ouvrage ne se propose pas d'«expliquer» une fois de plus Dostoïevski

avec des catégories psychologiques, sociologiques ou religieuses qui lui sont

extérieures et qui le limitent, mais de chercher dans le discours dostoïevskien

des catégories originales et autonomes capables d'expliquer notre situation

d'aujourd'hui.

Le récit dostoïevskien n'est pas un récit fictif que l'on peut regarder avec

indifférence ou seulement avec curiosité. Il nous concerne directement, parce

qu'il résume et révèle l'aventure dramatique de notre civilisation, à partir du

«crime» qui l'engendre, la séparant des civilisations traditionnelles et l'opposant

à elles, jusqu'au «châtiment» dont nous sommes aujourd'hui à la fois

les victimes et les témoins.

Au terme de son action préméditée et quelle que soit cette action - le

meurtre d'une vieille usurière ou la déstructuration du monde pré-moderne -

«l'homme nouveau» enfanté par la modernité, sans précédent dans l'histoire,

est appelé à une conversion intellectuelle indispensable. Il avait mis «la vie»

en question et l'avait sommée à s'expliquer devant la «conscience humaine» ;

désormais c'est la vie qui convoque la conscience devant le tribunal suprême

de la mort.

Par des révolutions techniques et politiques, la conscience s'était efforcée

de modifier la vie en éliminant ce qu'elle y trouvait de scandaleux : la guerre,

la souffrance, le mal. Elle avait inventé «le bonheur», prôné «la justice» et

oeuvré à la construction de «l'utopie».

Mais voici que, au terme de quatre cents ans d'actions inspirées par les exigences

de la conscience, «l'homme nouveau» voit surgir à l'horizon la question

de la mort qu'il a si longtemps refoulée. Le jugement qu'il porte sur son

monde utopique et triomphant doit être révisé : ce monde est peut-être meilleur

et plus juste, mais est-il encore un monde viable ? Dostoïevski nous apprend que

les questions de la conscience sur le bonheur ou la justice sont désormais

futiles ; elles s'effacent lentement et disparaissent devant la seule interrogation

sérieuse : celle de la survie.

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