Homo orthopedicus : le corps et ses prothèses à l'époque (post)moderniste

En décembre 1999 s'est tenu au musée d'art contemporain d'Anvers un colloque international intitulé «Homo orthopedicus» qui réunissait des chercheurs en sciences humaines, tous interpellés par la nouvelle appréhension du sujet et du corps humain à partir de 1900. Sur les débris d'un anthropocentrisme pluriséculaire naquit à cette époque un homme nouveau, dont le corps n'était plus considéré comme l'enveloppe de l'âme mais était interrogé pour lui-même dans sa complexité, dans sa vulnérabilité et, surtout, dans sa susceptibilité à interagir avec les nouvelles techniques. C'est précisément dans ce contexte que le critique d'art Roberto Longhi, timoré de voir ce nouveau paradigme à l'œuvre dans les mannequins de Giorgio de Chirico, lança la formule «homo orthopedicus». Formule ambiguë donc, chargée de tout un imaginaire favorable ou défavorable à ce prototype humain moderniste, auquel l'actuelle cyberculture, elle-même en passe d'engendrer des hommes nouveaux, sera cependant toujours redevable.
L'ouvrage que voici, dont le colloque ne fut que le prétexte, explore cette problématique épineuse du corps et de ses prothèses selon cinq voies d'accès : 1. historique, 2. littéraire, 3. esthétique, 4. théâtrale, 5. photo/cinématographique.