Homère à la Renaissance : mythe et transfigurations

Homère est une figure emblématique et tutélaire de la littérature et des arts de la
Renaissance. Ses poèmes déploient un éventail extraordinaire d'images et de thèmes qui ont
exercé un charme indiscutable sur les érudits de la Renaissance. C'est surtout après l'édition
princeps de 1488 que l'on assiste à une prolifération de commentaires et d'interprétations
allégoriques dans lesquelles les héros et les dieux homériques viennent à incarner tantôt des
préceptes moraux, tantôt des principes physiques ou des concepts métaphysiques. Les arts
figuratifs ne sont pas restés indifférents à ces approches herméneutiques.
La diffusion des poèmes d'Homère entre le XV<sup>e</sup> et le XVI<sup>e</sup> siècle a été largement étudiée par
les historiens de la littérature, mais elle a retenu moins souvent l'attention des historiens
de l'art. Dans un souci d'échange entre spécialistes, cet ouvrage croise des approches différentes
pour tenter de montrer comment la culture de la Renaissance utilise les mythes
d'Homère dans ses diverses formes d'expression, notamment picturales. Ce faisceau de
points de vue propose une réflexion sur le pouvoir imageant de la poésie homérique, des
images qui engendrent d'autres images. Le verbe «transfigurer» paraît le plus adapté
pour définir le processus de métamorphose qui caractérise la réappropriation des mythes
d'Homère par les poètes et les artistes de la Renaissance.
En examinant les dynamiques des relations entre poésie et peinture, les textes réunis dans
ce volume s'interrogent sur la dimension démiurgique de la création artistique à partir des
enjeux philosophiques, littéraires et esthétiques de l'oeuvre du «divin poète».