Histoire et pratiques de la traduction

Traduire est longtemps resté une activité
occultée chez les historien-ne-s, en France
en tout cas, comme si la compréhension d'un
texte en langue étrangère allait de soi et ne
posait jamais aucun problème, et comme si
traduire une source ou un ouvrage historique
n'était pas aussi «faire de l'histoire». Or la
traduction n'est jamais neutre, elle est inscrite
dans l'histoire et chaque langue perçoit différemment
la réalité et la rend de manière
distincte. Quelle que soit la période ou l'aire
culturelle étudiée, l'historien-ne est particulièrement
conscient-e de cette responsabilité
quand il ou elle traduit un concept ou une
notion.
Dans les contributions proposées dans
ce volume, les historien-ne-s exposent leurs
cas de conscience, en expliquant et en justifiant
leurs choix de traducteurs et de traductrices,
en apportant des preuves qui fondent
la valeur de ce qu'ils ou elles proposent pour
traduire tel ou tel terme, bref en rendant
des comptes. La traduction n'est pas seulement
de l'ordre du discours mais devient un
outil essentiel pour produire un savoir sur
une culture étrangère, restituée dans son
contexte historique.
Traduire pour un-e historien-ne, c'est
d'abord étudier tous les aspects historiques
du texte, avec deux objectifs : comprendre
le texte tel qu'il a été écrit par ses producteurs,
et le mettre à la disposition de lecteurs
ou lectrices en restituant son épaisseur historique.
Ainsi au lieu d'une trahison, la traduction
apparaît comme une approche de la
connaissance.