Histoire de l'éducation, n° 98. Les enseignantes : XIXe-XXe siècles : formations, identités, représentations

Institués dans les années 1830, les examens
de l'Hôtel de ville (Paris) délivrent les brevets
d'aptitude de maîtresse d'études et les diplômes
de maîtresse de pension et d'institution. Il s'agit
de diplômes nécessaires pour l'ouverture
d'un établissement secondaire de jeunes filles.
Bien qu'ils ne valent que pour le département
de la Seine, ils sont beaucoup plus recherchés
que le brevet élémentaire ou le brevet supérieur
de l'enseignement primaire, sans doute en partie
pour le prestige symbolique accordé à ce
diplôme jugé de nature «secondaire». Le nombre
de candidates au diplôme - en 1857-58,
elles sont 600 dont seulement 219 qui
réussissent (36,5 %) - suggère que
de nombreuses jeunes filles le passent
pour couronner leurs études et non pas dans un
objectif professionnel. À l'origine, les candidates
passent devant une commission désignée par le
préfet et composée de cinq hommes et deux
femmes, expérience que redoutent de
nombreuses candidates. À la fin du XIX<sup>e</sup> siècle,
Ernest Lavisse proteste contre la façon dont de
tels examens déforment l'enseignement
dispensé : «L'inévitable effet de cette importance
de l'examen est qu'il devient le maître et
le régulateur des études et des intelligences ;
non pas seulement l'examen mais l'examinateur...
Jeune bourgeoise, brevetée simplement
pour l'honneur, elle sera indifférente à la vie
intellectuelle». L'examen, qui devait à l'origine
ouvrir les portes de la profession, est devenu
un rite de passage dans la bourgeoisie
parisienne ; pour les jeunes filles qui se destinent
à l'enseignement, la formation proposée dans les
écoles normales supérieures de Fontenay et
de Sèvres, avec leurs examens spécifiques -
y compris l'agrégation féminine -, est devenue
la voie royale vers l'enseignement.