Georges Gurvitch et la société autogestionnaire

Georges Gurvitch, sociologue français de Sorbonne, Russe
d'origine, inaugura au lendemain de la guerre, une sociologie
d'une nouvelle vocation en rupture avec les précédentes dès les
premiers commencements. En effet, à sa mort, à 71 ans, il a transformé
de fond en comble la sociologie française, comme Claude Lévi-Strauss,
encore vivant à 97 ans, avec qui il a croisé le fer, l'a fait pour
l'anthropologie. Après s'être plongé dans le cambouis de la société, il
en remonta à la surface avec la démonstration que celle-ci est un
ensemble pluriel, d'une complexité unique qui pour être vraie avec
elle-même, c'est-à-dire, être en harmonie avec ses forces du dedans
passe par un réaménagement de l'ancien pacte sociopolitique du début
des Temps modernes. Un autre ici déduit, s'arrimerait mieux avec
l'autogestion, la décentralisation, comme réponse à l'autonomie de ses
diverses composantes aux rapports variés, non cependant sans la
déchirure du voile de l'esprit, obstacle majeur à la vision objective du
réel. Les notions «autogestion», «décentralisation», novatrices,
subversives de l'ordre régnant, devraient se mettre à l'abri de toute
récupération par quelques habiles manipulateurs et se débarrasser de
toute idéologie dévastatrice qui, en maintes occasions, a administré la
preuve de sa double fonction de nuisance contre toute idée contaminée
par elle et toute entreprise dans laquelle elle s'actualise. Ce livre doit
aussi pouvoir se lire comme une tentative de conjugaison de deux
sociologies d'après 1945 impliquées l'une dans l'autre et qui, à des
degrés variables, ont exploré la pensée complexe de notre époque, à
partir d'une lecture de la vie ensemble. Ce sont la sociologie
dynamique de Georges Balandier, la sociologie dialectique de son vrai
nom l'hyperempirisme dialectique de Georges Gurvitch aux regards
desquelles la société d'elle-même se façonne, se refaçonne en un
inlassable mouvement de création dont, sans redondance, elle n'est
jamais en panne.