Garrandés, l'Eclaireur : essai sur la cécité et la création artistique

La réduction au biologique de tout ce qui concerne l'homme en propre
fait toujours perdre à celui-ci ce qui fait de lui précisément un homme.
Et on ne mesure guère à quel point bien des définitions et considérations
sur l'homme, communément admises, reposent en fait sur la détermination
de normes biologiques qui peuvent alors servir à justifier
l'exclusion, hors des frontières de l'humanité, de certains traits singuliers
ou, tout du moins, nourrir des incompréhensions dégradantes en
direction des êtres qui en sont porteurs.
Ainsi en est-il de la cécité : l'homme aveugle est généralement défini
comme un homme mutilé. Or si cela a assurément un sens de soutenir
que la normalité biologique de l'oeil est de voir, rien n'exige que l'homme,
du point de vue de son humanité, doive être un être voyant. Tant et si
bien qu'il importe de bousculer bon nombre de nos évidences qui nous
empêchent de considérer l'existence de l'homme aveugle comme révélatrice
d'une manière pleinement humaine, parmi tant d'autres, d'exister.
Garrandés, qui fait l'objet de cet ouvrage, est un artiste accompli qui
est un homme aveugle, installé là où «on» n'attendrait pas un homme
«non-voyant», à savoir sur le terrain de la création plastique. Une telle
rencontre ne peut que conduire à bouleverser toutes les définitions...
Dans ce contexte, c'est l'essence profonde de l'art qui est en même temps
révélée.
Ce livre nous invite ainsi à repenser urgemment quelques thèmes centraux
de la philosophie : la connaissance, la perception, l'art, l'éthique...,
et ce, à la lumière de la cécité.