Forêt vivante ou désert boisé ? : la forêt française à la croisée des chemins

A partir d'une réflexion globale sur les métamorphoses subies par
les forêts en réponse aux mutations que vivent les sociétés humaines
alentour, Jean-Pierre Léonard propose une relecture de l'histoire des
espaces forestiers français. Il traque les anachronismes qui ont trop
souvent attribué à nos ancêtres une hiérarchie de besoins qui est le
propre du présent. La forêt du Moyen-Âge était un immense pacage
pour le bétail des manants, celle de la Monarchie, une source de
charbon végétal pour les arts du feu. La futaie est arrivée depuis peu et
reste une exception chez nous.
Aujourd'hui, la forêt française est à la croisée des chemins mais les
voies qui se proposent ne sont pas toujours celles que l'on imagine. Les
perspectives que l'évolution de la société suggère pour les décennies à
venir montrent que, si pour de nombreux pays de l'Europe atlantique
le problème est d'introduire plus de naturel et plus de social dans une
forêt menacée par l'extension urbaine et trop soumise aux activités
marchandes, la France, pour sa part, constitue un cas particulier à
traiter comme tel. A l'exception socio-économique correspond une
situation forestière unique. Les espaces arborés envahissent les
territoires des campagnes profondes au moment où les conditions
économiques de l'exploitation du bois sont de moins en moins souvent
réunies. De plus, la forêt vouée à la protection de la nature, dont
l'extension est si nécessaire, est une telle charge pour les collectivités
qu'elle ne pourra s'étendre que sur des surfaces réduites. La menace du
désert vert est à prendre en compte sans plus tarder.