Figures de l'homme : au croisement des différences Europe-Asie

En 1937, à Taïwan, dans une ville moyenne et devant la maison de
style baroque de l'une d'entre elles, quatre familles posent pour
la fête de l'année du buffle. La photo, avec ces Taïwanais portant
les uns le costume occidental et les autres la robe mandchoue
«naturalisée» chinoise ou le kimono japonais, témoigne du
métissage en cours de trois cultures sur l'île et de la métamorphose
décisive de celle-ci en pays moderne, durant le demi-siècle
japonais, entre 1895 et 1945. Elle illustre aussi la singularité
socioculturelle et identitaire du pays émergée alors et restée
vivante jusqu'à nos jours, bien après l'installation de la République
de Chine sur cette terre, en 1949. Une singularité marquée par
la complexité des positions adoptées pour la définition du moi
et de l'autre, sans parler de celles des peuples autochtones.
Loin de toute tentation de représenter «les figures de l'homme»,
c'est plutôt la tentative de faire converser l'entre-deux des choses
dans l'espoir de mieux saisir l'imaginaire Orient/Occident.
S'il y a mille façons de dire que nous sommes différents, rares
sont celles dans lesquelles jugement moral est absent. Souvent
utilisée comme revendication ou mot d'ordre politiques, la
notion de différence devient trop souvent un moyen de justifier
l'exclusion de l'autre au nom même de la différence. Cet ouvrage
a pour intention de mettre au jour cette question de l'homme.