Le détroit de Messine

Trois femmes et l'enfant d'un viol, quatuor bancal ! Sur
le jeu de ces dissonances on constate que l'exil n'efface pas
les traces de violence.
Les émigrants siciliens contaminent peu à peu leur
nouveau territoire d'une passion conflictuelle tout insulaire.
Autour de l'axe du détroit de Messine les trajectoires
expriment les retournements de caractère. La victime devient
bourreau, l'assassin devient victime. Au fil de l'échange des
positions, le suspens grandissant laisse présager un
dénouement implacable. Alors, le crime initial va se
perpétuer, passant de l'acte meurtrier à la parole meurtrière.
Le rapt physique de la mère se transpose en rapt psychique de
l'enfant. Ici, le cadavre n'est pas un corps, mais une
innocence fracassée.
On rejoint l'idée antique d'une fatalité qui fait payer aux
fils les fautes des pères. La société sicilienne conserve ses
racines tragiques au-delà du détroit de Messine, exportant
l'abus ancestral de la malédiction et la jouissance orgiaque du
dévoilement des mystères intimes ; et l'on voit que la
destruction psychologique est devenue une figure moderne de
l'infanticide.