Mémoires du Petit Journal : itinéraire d'un garçon de café aveyronnais

«Venu de mon Aveyron natal à
l'âge de 17 ans, sans le sou et
avec le certificat d'études en
poche, j'ai découvert Paris en
servant des apéritifs anisés et
des diabolos menthe.
Boulimique du travail, j'ai gravi
les échelons, animé par une
folle envie de réussir et j'ai pu
réaliser mon rêve : devenir
mon propre patron. J'ai acheté une affaire, puis une
autre, revendant ici, rachetant là. Jusqu'au jour où le
rêve a tourné au cauchemar.
Sans doute y a-t-il un bon Dieu pour les limonadiers
aveyronnais. Car au moment où tout semblait me filer
entre les doigts, j'ai rencontré le jazz, et la musique m'a
sauvé. En organisant des concerts, modestes et improvisés
d'abord, puis avec de vrais professionnels français
et étrangers comme Sacha Distel, Eddy Louiss, Claude
Nougaro, Michel Petrucciani, Manu Dibango, Stéphane
Grappelli, Kenny Clarke, Henri Salvador, Richard
Galliano, le Golden Gate Quartet... j'ai réussi à remonter
la pente glissante qui m'entraînait vers la faillite. J'ai
surtout découvert cet autre monde, peuplé de musiciens
bohèmes, de géniaux saltimbanques et d'instrumentistes
fous. Et tous ces gens, je les ai aimés.»
André Damon