Un nouveau système territorial ?

Ces dernières années, la réforme territoriale a semblé prendre la forme d'un chantier
législatif permanent. En 2016, cette frénésie législative a marqué une pause bienvenue,
propice à dresser un bilan. À en croire certains observateurs, ce dernier n'est guère
satisfaisant : souvent considérée comme indigeste, la réforme territoriale contemporaine
est jugée sévèrement.
C'est un fait que les poussées législatives successives contiennent des lacunes et des
impensés. Ainsi, par exemple, la question de la suppression d'un échelon territorial a été
esquivée. C'est un fait, également, que la complexité et la technicité de certains dispositifs
juridiques peuvent certainement laisser perplexe.
Pour autant, il est permis de se demander si le système territorial n'est pas en voie de
basculement heureux. Plusieurs facteurs militent en ce sens. D'abord, la différenciation
territoriale, longtemps considérée comme proscrite par le caractère unitaire de l'État
français et le principe d'égalité, a connu d'importants progrès. D'un côté, l'administration
territoriale urbaine et l'administration territoriale rurale sont distinguées de manière plus
nette. De l'autre, les intercommunalités et les métropoles sont soumises à une multitude
de statuts, adaptés à leurs caractéristiques. Ensuite, assiste à un mouvement de
recomposition du « local » autour de deux pivots. Le premier est l'échelon régional, qui
s'est progressivement imposé comme le niveau de pilotage stratégique de l'action publique
locale. Le second est l'échelon intercommunal, qui constitue désormais une alternative
solide à l'émiettement communal, afin d'assurer la gestion locale de proximité. Enfin, le
législateur ne semble plus hésiter à rendre les schémas et plans, principalement ceux
élaborés par les régions, opposables aux collectivités sous-jacentes. Certes, il exige de
celles-ci un simple rapport de « compatibilité » ou de « prise en compte », et non de
conformité, mais l'essentiel n'est pas là : il semble désormais acquis que l'interdiction
constitutionnelle d'une tutelle d'une collectivité sur une autre n'empêche nullement de
donner à l'une d'elles le pouvoir d'élaborer des normes susceptibles de s'imposer, avec
une force contraignante plus ou moins grande, aux collectivités agissant dans le cadre
de son territoire.
Ces différents éléments tranchent avec l'impression d'immobilisme ressentie par certains
et conduisent à s'interroger : assiste-t-on à l'avènement d'un nouveau système territorial ?
C'est à cette question que tente de répondre le présent ouvrage collectif, lequel est issu
d'une journée d'étude organisée le 10 mai 2016 par la chaire Mutations de l'action publique
et du droit public (MADP) de Sciences Po, en partenariat avec la Caisse des dépôts.