Archives de sciences sociales des religions, n° 134

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avril-juin 2006 51<sup>e</sup> année
Les religions établies prennent toujours le risque de voir les médias qu'elles utilisent pour la transmission de leur message se retourner contre elles. Les Saintes Écritures, les images pieuses, les symboles et les dogmes du catholicisme, constituent une matière symbolique disponible pour tous les détournements esthétiques, littéraires ou publicitaires. Toute traduction est sans doute une trahison mais les controverses qui ont entouré la sortie de la « Bible des écrivains », « Bible roman » ou « Bible tendance », ont particulièrement mis en émoi le monde érudit des biblistes autant que celui des journalistes : comment peut-on mêler littérature, poésie et exégèse savante sans profaner le texte sacré ? La production et la circulation des imprimés (brochures, tracts) sont au coeur des religions controversées comme l'illustre le fonctionnement ordinaire de l'organisation des Témoins de Jéhovah qui repose, historiquement et juridiquement, sur une maison d'édition, la Watch Tower Bible. Cette littérature d'urgence et ses messages d'alarme visent à écarter, par les conventions de lecture inculquées au sein des groupes, toute interprétation métaphorique ou détournement de sens du récit du plan de Dieu. On ne plaisante pas, dans ce monde-là, avec le texte biblique.
Les images saintes du catholicisme nourrissent, de longue date, la caricature anticléricale qui est une vieille tradition française mais les dessins de presse prennent à la fin du XIX<sup>e</sup> une dimension plus politique en s'attaquant aux scènes et personnages bibliques et à l'imagerie des dogmes. Farces bibliques ou Bible comique, la presse satirique participe à une opération de désacralisation qui complète la critique rationnelle. Les procès engagés plus récemment par les autorités catholiques contre certaines images publicitaires, ou certaines séquences cinématographiques, montrent que nos sociétés démocratiques font aujourd'hui l'épreuve des limites de la disponibilité des références religieuses. Les règles du jeu d'une provocation à risque qui réussit à exploiter le scandale tout en restant dans le registre de l'humour bon enfant ont pour envers celles qui président à l'exercice de dénonciation du blasphème ou du sacrilège. Savoir se moquer de la religion se négocie sur la scène médiatique et juridique dans une complicité subtile avec les procédures d'indignation.
La revue Archives de Sciences Sociales des Religions s'assigne trois objectifs :
- promouvoir une perspective comparative, élargie à toutes les religions, et à toutes les aires culturelles ;
- favoriser une coopération de toutes les sciences sociales aux fins d'éclairer les facettes multiples du phénomène religieux ;
- accueillir l'exposé des réflexions méthodologiques et théoriques sur les objets de la recherche.
L'effervescence de l'actualité religieuse et la globalisation des formes de religiosité conduisent plus que jamais les sciences sociales à interroger leurs frontières disciplinaires et à mettre à l'épreuve leurs paradigmes du fait religieux.