L'histoire du con qui marche

«Un intellectuel assis, écrivait Michel Audiard, va moins
loin qu'un con qui marche.» Bien qu'il n'éprouve aucun
faible pour la bêtise, et qu'il n'ait rien contre les intellectuels,
Roland Bijaoui est un homme en marche.
Cancre notoire, «moustique» à l'affût des quatre cents
coups, un peu farceur, un peu voyou : rien ne destinait ce
petit Tunisien, débarqué en France à 7 ans, à diriger
la communication de deux grands groupes de restauration. Les «soupers-spectacles»,
Hippo Ciné, Flo Théâtre, c'est lui. Épisode parmi d'autres d'une
carrière riche en métamorphoses : armé de son seul culot, parachuté le Procope
à Avoriaz et remis le spectacle à l'heure des nuits gourmandes, puis c'est
l'aventure du cinéma : il codistribue des films d'Alexandre Arcady et d'Élie
Chouraqui. Avec La Haine de Kassovitz, il gravit les prestigieuses marches du
Festival de Cannes, avant de servir des merguez aux stars de la Croisette...
Il gagne, il perd, il se ruine. Il repart à l'attaque, rallume le feu, fait renaître
une barge-restaurant criblée de dettes. Il en fera un «restaurant de copains»
où culmineront ses trois passions : celle de recevoir, des autres et de la nuit.
Portrait d'un joueur, hymne à l'éternel enfant que nous sommes tous, itinéraire
d'un dilettante qui a fait de la lutte pour la survie un jeu, L'Histoire du con qui
marche est le témoignage d'un autodidacte qui charme la chance avec
humour, avec amour, avec malice, sans jamais baisser les bras devant les
«à quoi bon» qui nous minent. La preuve qu'on peut faire de grandes choses en
restant humble. Pourvu qu'on n'ait pas froid aux yeux. Et qu'on l'aime, la vie.