Jean Rouquier : la voix du sang

Liberté et licence, volontarisme et laisser-aller, luxuriance et
luxure, commerce et conscience, sensibilité et sensiblerie se côtoient
et se répondent tout au long de ce roman situé à la fin du XIX<sup>e</sup>
siècle, en partie à la frontière des pays qui s'appellent maintenant
le Gabon et la Guinée équatoriale et en partie à Bordeaux. À
travers ses nombreux rebondissements, on suit les contorsions
d'un commerçant, alter ego de l'auteur, Louis Charbonneau (1865-1951),
originaire du Morvan, «moralement grisé», qui profite
cyniquement de la complicité d'une partenaire formée pour se
soumettre à son pouvoir. En attendant qu'elle soit nubile, il assujettit
nombre de femmes à sa volonté et un doute plane sur sa paternité
d'un garçon qui lui ravira à la fin celle qu'il aura façonnée pour
être sa femme. La hiérarchie raciale de l'époque coloniale imprègne
l'esprit du protagoniste que le doute ne trouble que rarement. Ce
roman ancré dans une réalité vécue nous fait pénétrer plus en avant
dans une mentalité qui n'a toujours pas complètement disparu.