François-Jean Lefebvre, chevalier de La Barre : voyou de qualité

Une partie de mon enfance s'est écoulée dans les
jardins du Sacré-Coeur. Ma mère, pour m'y
conduire, empruntait la rue du chevalier de La
Barre dont la pente est raide et durcit les mollets. J'ai cru,
longtemps, que La Barre était un chevalier servant qui
aidait les jolies dames, les enfants et les vieillards à se
tenir bien. Je trouvais judicieux que l'on lui eût dédié
une rue afin de l'honorer.
Quelques années plus tard, j'étais en première au
lycée Chaptal. J'en fus conduit à revoir certaines appréciations
de mon enfance. Saine attitude qui m'amena,
en premier lieu, à reprendre la ruelle que j'avais depuis
quelques années délaissée. Je la grimpais avec une émotion
nouvelle, agrippant cette barre dont je commençais
à penser qu'elle devait aider à bien se conduire dans la
vie. À l'intérieur du petit jardin public qui gît au pied
des escaliers de la basilique, était un socle qui avait supporté
la statue du chevalier, installée en 1905 par un
comité de libres penseurs et retirée en 1941 sur ordre du
gouvernement de Vichy.
Un socle vide, comme un univers privé d'utopie.
C'était dans les années soixante-dix.