Un prince doit venir

Succédant au Ministère des ombres où Pierre Lepère traçait
de Nicolas Fouquet le disgracié, un portrait attachant, Un
prince doit venir évoque un autre mythe souterrain de notre
Histoire, celui du duc d'Enghien.
Après plusieurs tentatives d'assassinat perpétrées depuis
le début du Consulat par les Jacobins et les royalistes,
Bonaparte est averti au début de 1804 de la présence à
Paris de Georges Cadoudal, le rebelle chouan. Tout prouve
qu'il fomente un nouveau complot avec la complicité des
généraux Pichegru et Moreau.
On annonce aussi l'arrivée imminente d'un prince venu
d'outre-Manche mais c'est en vain que le Premier consul
fait surveiller les côtes normandes. Ce n'est donc pas
des Bourbons restés en Angleterre que viendra le péril.
Talleyrand suggère alors le nom du duc d'Enghien, le seul
prince du sang qui soit demeuré sur le continent. Bonaparte
a entendu parler des actions militaires passées du prince,
saluées jusque dans le camp républicain, et il doute que ce
jeune homme puisse être l'âme d'une conspiration aussi
lâche. Finalement, il se laisse convaincre par Talleyrand
et la suite de cette ténébreuse affaire constitue l'un des
épisodes les moins glorieux de sa trajectoire légendaire.
Peut-être fallait-il donner cette victime innocente en
gage aux nostalgiques de la révolution et en exemple aux
jusqu'au-boutistes royalistes pour parvenir plus haut ?
En tout cas, deux mois plus tard, le 18 mai 1804, et sans
rencontrer la moindre résistance, Bonaparte devenait
Napoléon I<sup>er</sup>.