Souviens-toi de vivre

«Je suis tombée à genoux, au milieu des
corps tremblants de mes compagnons de
voyage pressés de toutes parts sur le pont.
Jésus ne m'avait-il pas autorisée, pourtant, à
les conduire chez moi, de l'autre côté de l'estuaire
? L'avais-je mal compris ? Comment
avais-je pu les embarquer dans une telle aventure
? Mais comment, aussi, aurais-je pu prévoir
une telle furie ? J'eus envie de me jeter à l'eau,
que la mer m'avale, si cela pouvait la calmer.
Le ciel était de plus en plus noir de nuages.
Il faisait nuit, mais le soleil n'était pas couché,
et de temps en temps on le voyait apparaître
comme un gros oeil rouge qui nous regardait
en entrouvrant les rideaux opaques de
la scène. Au moins pouvions-nous en déduire
où se trouvait l'Ouest, et, approximativement,
l'horizon.
Puis il disparut complètement, et il n'y
eut plus rien.
Rien d'autre que la lumière du phare qui
perçait les ténèbres, et nous permit de ne pas
sombrer dans l'épouvante.»