Les dominicains et l'image : de la Provence à Gênes, XIIIe-XVIIIe siècles : actes du colloque, Nice, 12-14 mars 2004

Saint Dominique et les premiers frères prêcheurs n'avaient pas prévu
cela : la prédication à laquelle ils se vouaient dans un Ordre naissant
était un acte de parole, très vite aussi d'écriture, mais nul d'entre eux
ne pensait au rôle de l'image. Par esprit de pauvreté, tout décor était même
officiellement banni de leurs couvents.
Cela ne put durer. Dès le milieu du XIII<sup>e</sup> siècle, il fallut, non sans débats,
inventer une conciliation entre le dénuement de la vita apostolica et un
certain «luxe» de l'art. Les artistes dominicains, certes, furent rares, même
s'il y en eut de belle qualité. Fra Angelico les surplombe, qu'on reconnut peu
à peu comme un théologien majeur, aux côtés de Thomas d'Aquin. Mais
l'Ordre fit naître une copieuse iconographie de ses saints et de ses bienheureux.
Nombre de couvents passèrent commande de ce que nous appelons
aujourd'hui des «oeuvres d'art», à la fois présence visible du mystère chrétien
et support d'enseignement pour les fidèles. Le Rosaire fut aussi une
source féconde d'images.
Issu d'un colloque organisé par le couvent des dominicains de Nice en 2004,
cet ouvrage sillonne, au fil des premiers siècles de l'Ordre, l'espace entre la
basilique de Saint-Maximin et le splendide couvent de Gênes. Conjuguant
les regards d'historiens de l'art, d'historiens de l'Ordre et de théologiens,
il présente et analyse des oeuvres et des corpus iconographiques, souvent
aussi admirables que méconnus, suscités par les dominicains. Il s'attarde
sur la fin du XV<sup>e</sup> siècle, dans la lumière de Louis Brea, et sur les richesses
du baroque. Car ces bords de Méditerranée recèlent des trésors, même s'ils
n'ont pas eu l'éclat de Venise, Florence ou Rome.
Or, cette modestie permet d'autant mieux, peut-être, de comprendre les
défis posés à l'Ordre par sa rencontre avec l'image et d'éclairer des questions
qui sous-tendent ce livre. Certaines ont d'abord un intérêt historique : qu'a
su offrir la tradition dominicaine à la figuration des mystères de la foi ? pourquoi
se mettre en scène soi-même à travers les grandes figures de sa propre
histoire ? D'autres questions sont d'une vivante actualité : quelle est la juste
relation entre des religieux et des artistes ? les séductions de la beauté s'accordent-elles
avec la passion de la Parole ? qu'en est-il d'une prédication par
l'image ? bref, quelle place tient l'art dans la mission des prêcheurs ?