Les maîtresses de Louis XV et autres portraits de femmes : la duchesse de Châteauroux et ses soeurs, madame de Pompadour, la Du Barry, Sophie Arnould, histoire de Marie-Antoinette

La recherche du vrai en littérature, la résurrection de l'art
du XVIII<sup>e</sup> siècle, la victoire du japonisme : voilà les trois mérites
que les Goncourt n'ont cessé de s'attribuer. Ils auraient pu
en ajouter, avec beaucoup plus de raisons, un quatrième et
un cinquième : l'invention de l'histoire sociale et l'invention
de l'histoire de la femme.
En effet, Les Maîtresses de Louis XV sont le premier livre
de ce qu'ils appelaient, avec un siècle d'avance, la «nouvelle
histoire». «Cette histoire nouvelle - écrivent-ils dans leur
préface -, l'histoire sociale, embrassera toute une société.
Elle l'embrassera dans son ensemble et dans ses détails, dans
la généralité de son génie aussi bien que dans la particularité
de ses manifestations. Ce ne seront plus seulement les actes
officiels des peuples, les symptômes publics et extérieurs
d'un État ou d'un système social, les guerres, les combats,
les traités de paix, qui occuperont et rempliront cette histoire.
L'histoire sociale s'attachera à l'histoire qu'oublie ou dédaigne
l'histoire politique. Elle sera l'histoire privée d'une race
d'hommes, d'un siècle, d'un pays. [...] Elle pénétrera jusqu'au
foyer, et en montrera les dieux lares et les religions familières.
[...] Elle fera à la femme, cette grande actrice méconnue
de l'histoire, la place que lui a faite l'humanité moderne
dans le gouvernement des moeurs et de l'opinion publique.»
Ce texte suffit à faire des Goncourt les grands précurseurs de
la «nouvelle histoire». Leurs principes, ils les ont admirablement
mis en oeuvre dans leurs biographies de femmes du XVIII<sup>e</sup> siècle.
S'appuyant sur une documentation aussi riche qu'originale,
exploitant correspondances familières, mémoires secrets, livres
de comptes, ils ont réalisé une galerie de portraits qui comptent
parmi les plus vivants et les plus délicats, les plus coquins
et les plus émouvants. Ils constituent l'équivalent littéraire
des admirables portraits peints par La Tout, Van Loo et Nattier.