Pierre Corneille, le héros et le roi : stratégies d'héroïsation dans le théâtre cornélien : dynamisation de l'action et caractérisation problématique du héros

Ce livre veut montrer comment, en reconsidérant le théâtre de la violence
tyrannique issu du XVI<sup>e</sup> siècle et le théâtre amoureux de la douceur pastorale,
Corneille donne naissance à la figure du Héros qui fait l'originalité de son théâtre.
Dans le cadre d'une dramaturgie dynamique à tendance épique, qui ouvre volontiers
ses dénouements sur l'avenir historique, Corneille invente, pour la comédie puis
pour la tragédie, un théâtre «politique», porteur d'un modèle de société qui lui sert
de canevas et qui, sans être polémique ni «engagé» au sens moderne issu des
lumières, agit de façon performative sur son public. D'où sa réputation (que
soutient, tout en faisant masque, son magnifique génie rhétorique). Chez lui, la
machine de l'État bien conçu ajuste l'un à l'autre un Héros coupable mais
conquérant et un Prince libéré de ses passions, qui sait le mettre à son service par la
promesse de son amnistie et d'un amour récompensé.
Tel est, pour l'auteur du livre, le principe politique de la dramaturgie cornélienne,
qui donne sens aux catastrophes tragiques de Médée répudiée ou de Suréna
assassiné, comme aux dénouements heureux du Cid , d' Horace , de Cinna ou
d' Agésilas.
De la Querelle du Cid sur l'immoralité de son dénouement à la petite polémique
sur le «sens» de Suréna , dans les années 1990, la reconnaissance de sa pertinence
structurelle ne semble cependant pas s'imposer aux «doctes». Est-ce parce qu'il ne
relève pas du pur formalisme technique mais d'un imaginaire, sur lequel l'auteur
normand ne s'explique guère ?
Quoi qu'il en soit, l'univers cornélien exhibe dès les comédies ce lien héroïque
négocié entre passions amoureuses et réalisme social, tandis que la suite des
tragédies de la gémellité ( Rodogune, Héraclius, Nicomède, Pertharite , etc.) propose,
sur les bases du dédoublement des caractères politiques entre le Héros et le Roi, une
version originale du théâtre de l'identité, différente de celle d'un Rotrou ou d'un
Thomas Corneille. La carrière louis-quatorzienne du dramaturge reste également, en
dépit d'un nouvel air du temps, profondément fidèle à cette problématique.