Les intellectuels contre la gauche : l'idéologie antitotalitaire en France, 1968-1981 : Louis Althusser, Roland Barthes, Cornelius Castoriadis, Maurice Clavel, Jean Daniel, Jean-Marie Domenach, Michel Foucault, François Furet, André Glucksmann, Christian Jambet, Jacques Julliard...

Au cours des années 1970, une vigoureuse
offensive contre le «totalitarisme de gauche»
ébranla la vie politique française. Dans leurs livres,
leurs articles et à la télévision, les intellectuels «anti-totalitaires»
dénonçaient, sur un ton dramatique, une
filiation entre les conceptions marxistes et révolutionnaires
et le totalitarisme. Issus eux-mêmes de la
gauche et ne craignant qu'une faible opposition de ce
côté-là, ces intellectuels ont réussi à marginaliser la
pensée marxiste et à saper la légitimité de la tradition
révolutionnaire, ouvrant ainsi la voie aux solutions
politiques modérées, libérales et postmodernes qui
allaient dominer les décennies suivantes. Capitale de
la gauche européenne après 1945, Paris devenait la
«capitale de la réaction européenne».
Cette histoire de la notion de «totalitarisme»
depuis la Seconde Guerre mondiale retrace notamment
les étapes de son instrumentalisation pour marginaliser
le PCF et peser sur les orientations de l'Union de
la gauche. Faisant un sort définitif à la légende de la
«prise de conscience» qu'aurait provoquée L'Archipel
du Goulag d'Alexandre Soljenitsyne en 1974, il révèle
la continuité des stratégies permettant la conversion
d'intellectuels radicaux en compagnons de route d'un
PS sur le chemin du pouvoir. Cet «antitotalitarisme»
doit donc bien moins à la découverte d'une tradition
libérale à l'anglo-saxonne qu'à la droitisation de la
gauche intellectuelle et politique française.