Genèse O

Davantage que l'avortement qu'elle projette, c'est le statut de
l'importun qui croît dans ses chairs que ressasse Élisabeth.
Où commence-t-il et où finit-elle ? Sur le fil de cette impossible
frontière s'enkyste la voix d'un dybbuk , d'une «chose»
parasite qui comble et menace tout ensemble. À l'extrême de
ce lieu, rien ne fait plus signe pour la jeune femme sinon une
solitude inlassablement contaminée par la présence fantasmée
des femmes de son lignage, la résurgence de quelques vers
issus de la pièce de théâtre qu'elle interprète, quelques mots
empruntés au vocabulaire médical, quelques figures tutélaires
telle l'Immaculée Conception ou Lilith, l'implacable tueuse
de nourrissons.
Tandis que la chimie abortive fait son oeuvre, Élisabeth rêve
d'investir une place de parole vierge, et moins d'éliminer le
parasite en elle que de le garder pour toujours en son sein pour
mieux l'y faire chanter selon son désir. Jouir, enfin, sans avoir
à se figurer une altérité ; jouir de la puissance inouïe du corps
féminin, de sa puissance pure, sans reproductibilité ni avenir.