Oran... La radieuse

Oran la radieuse est un ouvrage paradoxal qui mêle une érudition vraiment
impressionnante de toute l'histoire de la ville depuis l'Antiquité jusqu'à nos
jours et qui raconte cela... On peut lire comme l'on veut, dans le sens que l'on
veut et de suite s'impose la thèse du livre : Oran est une ville dangereuse et
belle. Au fond, la ville n'a vécu que du sac et ressac des vagues de populations
qui l'ont occupée. C'est une ville convoitée, jalousée qui porte en elle une certaine violence, celle de ceux qui veulent la conquérir, celle de ceux qui veulent
la conserver. Les rapatriés d'Oran sont une marque de fabrique d'histoire de
la ville, et c'est cela qui frappe immédiatement dans ce livre. C'est une fresque
historique qui est proposée, le contraire d'une obsession focalisée sur les 130 années de présence française, mais bien plutôt un hymne rendu à la ville dans
son histoire. Et donc le moment français rendu à ce qu'il est : une parenthèse
qui a duré à peine un peu plus de cent ans dans une histoire millénaire. C'est
là une belle leçon d'humilité et de générosité de l'auteur. Plus que les hommes
qui la peuplent et les femmes qui la font vivre, c'est la ville qui est le principal
personnage de ce livre. Le lecteur sent dès les premières pages, une complicité
avec la géographie, avec l'espace oranais, avec l'ampleur et la rudesse de la
topologie urbaine qui construit la structure du livre et son armature : le livre
est ample, comme la notion de l'espace au pied ou au sommet des montagnes
autour d'Oran. Cette sensation d'espace, de bleu de Méditerranée, de terre
africaine brûlante est constante, lancinante, et finit par imposer le destin, point
si heureux de cette ville, assez cruelle envers ses habitants, du moins peu tendre
avec eux. Ce n'est pas un récit mièvre de réconciliation entre les trois religions,
mais au contraire une sorte d'histoire feuilletée entre des nations, des groupes
différents, en confrontation, en affrontement, en compromis permanents, qui
s'ignorent, se combattent - c'est la vie ! - mais aussi qui se tiennent dans une
sorte, une forme de respect mutuel par les histoires, qui finissent par devenir
l'Histoire de cette ville. Car c'est bien de cela qu'il s'agit.