Du Front à l'asile, 1914-1918

« Depuis que je suis parti de la maison de santé mon état ne s'est
pas amélioré . J'ai essayé toutes choses : travail, exercices divers, repos,
ce travail du cerveau est toujours là, élancement, persécutions, craquements,
coups, ronflements, insomnies m'enlevant l'aptitude au travail...
Or je n'ai pas de situation personnelle et il m'est impossible en cet état
de gagner ma vie. Comme vous m'avez conseillé monsieur le docteur
de m'adresser à mon député pour un secours, je viens d'être forcé de le
faire. Il trouve ma demande parfaitement justifiée et me demande de
produire un certificat médical attestant mon état nerveux d'origine de
guerre.»
Le caporal Daniel D. écrit ces mots en août 1917 au médecin-chef de
l'asile d'Alençon.
De l'homme de troupe jusqu'à l'officier, ils sont des milliers à souffrir
de troubles du comportement ou à revenir délirants du front.
Comment interpréter et prendre en charge cette vague inédite de
symptômes variés ? Ces hommes dont certains passent en conseil de
guerre et d'autres échouent à l'asile sont-ils des déserteurs, des victimes
de l'artillerie moderne ou bien des malades mentaux ? La guerre peut-elle
vraiment rendre fou ?
Se fondant sur des documents inédits, puisés dans les archives des
établissements psychiatriques, Hervé Guillemain et Stéphane Tison
font entendre la voix de ceux qui furent brisés par la guerre, les difficultés
des familles et la difficile reconnaissance de ce que l'on nomme
aujourd'hui le traumatisme de guerre. Des récits vrais, bouleversants
dans leur simplicité et leur sobriété, rythment l'enquête. Ils montrent
l'ampleur du défi auquel furent confrontés psychiatres et militaires.