Petit homme tu pleures

«On démolit à grands coups de gueule, de pied
et de bouteilles tout ce qui tenait debout
dans le bar du Trianon , jusqu'aux restes de la
vitrine qui vola au milieu de la chaussée.
Les chiens en meutes pénétrèrent dans les bars,
les boîtes et les cafés, la mosquée et le ghetto
arabe. Ils souillèrent la synagogue, crachèrent
sur les tombes, chièrent sur les drapeaux,
vomirent la bière sur le parvis des églises et
traquèrent, deux heures durant, avant que
la police ne s'éveille, la lèpre qui pourrit nos
murs, la peste qui empoisonne nos familles,
l'anthrax de nos valeurs. »
C'est une ville de garnison dans l'est de la France.
Nous sommes en 1961. La France est en guerre.
Ils s'appellent Lenny, Miklos, Jeannette,
Gabriel ou Ganesh. Ils se connaissent sans
se connaître, tous issus de cette ville maltraitée
par les guerres du XX<sup>e</sup> siècle.
Pour ceux qui, en juillet 1961, ne sont pas en
Algérie, ceux qui sont restés, quelle vie possible ?
Le poids du secret, du silence, les rêves jamais
dits ou vécus, l'impossible attente... jusqu'au jour
où ils sont inexorablement rattrapés par le destin,
la haine, la démence et le hasard.
Architecte, décorateur de cinéma, François Koltès
est également réalisateur de films documentaires.
Petit homme tu pleures est son premier roman.