La place de la chari'a dans les systèmes juridiques des pays arabes

«Les différents articles dont se compose l'ouvrage portent sur les aspects
particuliers que présente le droit dans les pays du monde arabe, marqué
essentiellement par la place majeure qu'occupe la Chari'a dans l'ordre juridique
de ces pays : un ensemble de principes et de règles de source religieuse puisés
dans les Livres-Saints de l'Islam, Coran et Sunna qui commandent tous les
aspects de la vie sociale, façonnent les moeurs et les comportements publics et
privés ce qui conduit à la fusion de la religion, de la morale et du droit.
Il est vrai qu'aujourd'hui, tous les pays arabes suivant un courant qui remonte
au XIX<sup>e</sup> siècle, se sont largement ouverts au droit occidental et ont adopté dans
de nombreuses matières, contrat, commerce, transport, droit pénal, système
juridictionnel, des règles de facture moderne ; certaines coulées dans des
codes : Code civil, Code de commerce, Code de procédure, Code pénal...
Il faut dire que dans ces matières, même les fuquaha' s'étaient déjà efforcés
(ijtihad) d'adapter certains textes de la Chari'a jugés trop rigoureux aux
besoins de la vie courante.
Pour autant, cela ne signifie pas l'abandon de la Chari'a. Dans la plupart des
Constitutions de ces pays où l'Islam est proclamé religion de l'État, elle est
dite «source principale de droit». Les juges sont par ailleurs invités à y recourir
chaque fois qu'il y a lieu d'interpréter un texte obscur ou en cas de lacune
de la loi. Il arrive même à certains tribunaux d'aller jusqu'à écarter l'application
d'une règle d'inspiration étrangère pour peu qu'elle leur paraisse incompatible
avec l'esprit de la Chari'a ou en opposition avec l'une de ses règles. Il
y a donc bien là une texture juridique dualiste tant au niveau des sources qu'à
celui du contenu ; une masse de règles modernes d'inspiration occidentale au
sein d'un système traditionnel fondé sur des textes immuables qui traduisent
un idéal religieux et perçus comme un don de Dieu».