Siméon, l'instit

Que pouvait devenir, autour des années trente, un fils de petit paysan gascon
aimant l'école et y obtenant des résultats flatteurs ?
Instituteur ou curé, pardi !
- Fais-toi curé, disait l'oncle Émile.
- Tu seras instituteur, disait son père, n'écoute pas ce «cul-blanc» d'Émile.
Tu ne voudrais pas nous faire la honte de passer chez les cléricaux, peut-être ?
Radical, radicaux, clérical, cléricaux, cela n'évoquait pour Siméon qu'une
règle de grammaire.
Enfin, c'était dit, il serait instituteur !
Tout juste avait-il eu le temps de connaître son premier poste, de se fiancer à
Lisa, la guerre l'arracha et le rendit à ses amours avec la débâcle de quarante.
Au cours d'une de ses dernières vacances sur la côte landaise, il se remémore,
dans un raccourci fulgurant, la route que le destin rigoureux lui a tracée
au fil de l'hérédité, du temps et des circonstances.
D'hier à aujourd'hui, il y a juste la place d'une simple vie d'homme.
Mais qui est donc ce vieil Allemand manchot qui s'approche de la tente de
Siméon, dressée comme tous les étés sous les pins du camping de Moliets ?