Baudelaire-Hergé : penser la création

L'idée d'associer l'oeuvre du Poète de la Modernité à celle
d'un amuseur, fût-il fameux, semble inattendue ; elle est
pourtant le défi de cette étude. Au commencement de sa vie
publique, lorsque Baudelaire cherche ardemment sa voix
originale de poète, c'est vers la chanson populaire, cet art
mineur qu'il se tourne, en prenant fait et cause pour son ami
Pierre Dupont. Comme s'il importait, d'emblée, de dévoyer
pour la ressourcer loin des sirènes académiques la Poésie qui
serait la sienne, «toujours même en prose».
Hergé pour sa part ne cessera de se rêver peintre, même si
les circonstances ont fait de lui un dessinateur pour enfants
sages. Mais en synthétisant sa vision autour de Tintin, idéal
vide appelant ses complémentaires, il lui faudrait affronter le
monde des signes, relativiser ses certitudes conservatrices,
donc envisager cette obsédante question du double : de
l'ancrage familial à la conscience de soi, puis à l'oeuvre en tant
que représentation, originale, insuffisante...
Comment nos deux créateurs furent-ils conduits par leur
écriture même à repenser les stéréotypes dont ils disposaient
et, pleinement contemporains de leur temps, à découvrir leur
singularité esthétique dans sa pratique conceptuelle, toujours
relancée ?