Chili 1973-2013 : mémoires ouvertes

Le coup d'État militaire initié le 11 septembre 1973 contre le gouvernement
démocratiquement élu de Salvador Allende se traduisit par une répression
féroce et un exil qui ont durablement marqué les esprits. Quarante ans après
ce 11 septembre 1973, Pinochet est mort dans son lit, et sa Constitution
taillée sur mesure reste en vigueur. Pour les victimes, pour reprendre la
célèbre formule d'Éric Conan et Henry Rousso, c'est «un passé qui ne
passe pas» : la société chilienne reste polarisée entre deux camps qui
s'opposent autour d'un processus mémoriel complexe.
Les tensions à l'oeuvre sous l'Unité Populaire (1970-1973), entre tenants de
la voie parlementaire (PS, PC, radicaux), partisans de la révolution (MIR),
«cordons industriels» et autres ont perduré dans l'après-11 septembre.
Les divergences entre «ceux de l'intérieur», avec leurs faibles moyens
de résistance (une partie de la création théâtrale notamment), et les
exilés, parfois perçus comme des «nantis», ont elles aussi pu engendrer
incompréhension et défiance, y compris après le retour des seconds, les
retornados.
Dans l'exil européen, dans les années 1970-1990, ces différences furent aussi
transversales. Le conflit de générations put ainsi produire une dialectique
inédite entre la fidélité à l'avant et là-bas (la lutte des classes, le combat
contre l'impérialisme) des parents et un ici et maintenant occidentalisé
(consommation, libre parole et approche politique réformiste tournée vers
le sociétal).
C'est à ces questions, entre autres, à la fois intimes et nationales, qu'est
confronté un pays sur lequel planent encore l'ombre tutélaire du président
Salvador Allende, omniprésente, et le souvenir du poète Pablo Neruda, mort
quelques jours après le coup d'État. Les articles d'universitaires, auteurs et
journalistes réunis ici proposent des approches historiques, sociologiques et
littéraires de ces problèmes.