Ali casse les prix

«A moi qui pourrais être leur père, ils ont fait
manger une lame de rasoir. Les doigts du pompier
l'ont retirée de ma bouche et sa voix grave m'a
demandé : "Comment vous appelez-vous, monsieur
?" Je n'ai pas mal. Juste peur d'articuler, et
une amertume de ferraille sur la langue. Ce doit
être la lame, ma couronne en argent, ou peut-être le
goût du sang.»
Ainsi parle Ali sur son lit d'hôpital, où il rêve de
l'Atlas, du dédale de Marrakech et du grand désert
marocain. Il en a vu, dans son épicerie de Clichy,
des voleurs à la tire et des petites frappes. Mais
cette fois-ci, c'est autre chose. Quelqu'un en veut à
Ali. Quelqu'un veut l'effrayer.
En pleine période électorale, les politiciens de
tous bords essaient de récupérer ce drame à leur
profit et de gagner les voix des petits commerçants.
Ali, l'épicier arabe, devient un héros... et un enjeu.
Dans ces pages émouvantes, parfois cruelles, on
croise une faune mélangée, un directeur de campagne
véreux, des voisins silencieux, des policiers
bornés, des enfants grandis trop vite, et, bien sûr,
quelques journalistes...