Le style de Vincent Voiture : une esthétique galante

Vincent Voiture fait partie des auteurs minorés au fil
du temps. Au XVII<sup>e</sup> siècle, pourtant, il était l'âme du
rond à l'hôtel de Rambouillet, il fut inscrit sur la liste des
premiers académiciens, loué par Boileau et reconnu
comme un «maître» par La Fontaine. Comment expliquer
la décadence de sa réputation ? Le présent ouvrage
s'efforce d'élucider cette énigme et de dégager l'originalité
d'un style en replaçant l'homme et son oeuvre dans
une perspective historique.
Pour cerner les raisons de ce déclin, il convient de
remettre en question l'étiquette de «précieux» traditionnellement
attribuée à cet auteur. Une recontextualisation
de la préciosité révèle qu'il s'agit d'un phénomène
de société limité dans le temps et le champ social, et le
néopétrarquisme avec lequel on la confond souvent est
fissuré, chez Voiture, par une ironie plaisante. Pour comprendre l'attitude d'un écrivain qui
ne se soucia pas de publier de son vivant une oeuvre saluée par un retentissant succès de librairie
dès sa première édition, il faut prendre en considération la spécificité d'un champ littéraire
en formation où le «Bel esprit» constitue un modèle de référence. Mais en regardant
Voiture avec les yeux d'une époque qui voyait en lui l'incarnation du «galant homme», on
découvre dans ses lettres et ses poésies l'affirmation d'une esthétique galante et les fondements
de nombreuses innovations ayant marqué le XVII<sup>e</sup> siècle. Il a montré à son siècle comment
biaiser avec les codes établis tout en se conformant aux exigences de la politesse mondaine
pour introduire de la gaieté dans les discours et renouveler les modèles littéraires. Les
libertés qu'il a prises ont offert une impulsion créatrice à ses successeurs, mais ont longtemps
dérobé Voiture lui-même aux cadres institutionnalisés de la critique.