L'école au bord du monde : une école Freinet en Anjou en 1950

Ce témoignage n'est pas un essai sur les méthodes
Freinet. On sait à quel point le simple nom de Freinet
déchaîne les passions : on est plus ou moins sommé de
prendre position pour ou contre, son nom étant associé à la
fameuse «méthode globale» de lecture (les militants Freinet
actuels préfèrent le terme de «méthode naturelle»). Et,
dans l'opinion publique, la méthode Freinet est elle-même
souvent associée à l'esprit de «Mai 68».
Mais, ce récit n'a d'autre ambition que de témoigner du
fait que l'après-guerre a fait éclore des pédagogues éclairés
et courageux.
Je n'ai pu éviter de donner un caractère subjectif à ce
témoignage, puisque, fille d'instituteur, ma vie de famille
était totalement engagée dans cette aventure pédagogique.
Je fais allusion plusieurs fois au caractère «difficile» de
mon père, aggravé par ses difficultés de pionnier. Je n'ai pas
voulu faire «mon père, ce héros», par une sorte de pudeur.
J'aurais pu souligner le fait que certains pédagogues Freinet
ont su utiliser la méthode pour faire une «carrière»
tranquille et assez flatteuse dans l'Education Nationale.
Mon père était trop exigeant, ennemi des concessions, osons
le mot : trop «pur», pour suivre cette voie.
D'aucuns penseront que je critique trop ces méthodes
révolutionnaires. Pourtant, les «petits bonheurs» de la
classe de Cherré, en Maine-et-Loire, que je raconte ici, me
paraissent largement l'emporter sur les insuffisances et
faiblesses de ce qui était encore, en 1950, expérimental.