Civilianisation de la défense

La distinction entre le civil et le militaire est fort ancienne.
L'institution et les individus investis du redoutable devoir
de mettre en oeuvre, de manière délibérée, la force de la
collectivité ont en effet toujours été considérés comme
devant relever d'organisations, de modes de fonctionnement
et de statuts différents de ceux de la société civile car
de nature à garantir absolument l'efficacité de leur action
dans la guerre.
Une telle spécificité ne fait cependant plus consensus. Elle
est attaquée aux prétextes qu'elle éloignerait l'armée de la
nation ou qu'elle ne serait en réalité qu'une invention à usage
corporatiste ou bien encore qu'elle contreviendrait à l'application
de règles de gestion modernes et performantes.
Plus encore, elle perd de sa légitimité au moment où la
notion même de guerre semble devenue définitivement
archaïque et obsolète.
Ainsi le mouvement de civilianisation en cours tend à
dénaturer la spécificité militaire en la cantonnant au strict
domaine de la conduite d'opérations de plus en plus limitées
en échelle et en intensité.
Sans prétendre s'opposer à toute forme d'évolution des
armées ou s'arc-bouter sur une définition figée de l'identité
militaire, les auteurs de cette étude mettent en évidence
le lien fondamental qui existe entre spécificité et efficacité
militaires et tentent de distinguer, dans les banalisations
en cours ou envisagées, celles qui ressortissent à une
modernisation souhaitable de l'institution et ne remettront
pas en cause la qualité de l'outil militaire, de celles
qui ne sont que l'expression de visées idéologiques ou
d'enjeux de pouvoir au sein du ministère de la défense.