Jean Guéhenno

Un homme qui fut un grand témoin de son temps est
aujourd'hui porté disparu. Un écrivain qui représenta l'honneur
des lettres françaises des années 30 aux années 70 n'est plus lu.
Cet intellectuel brillant est partiellement méconnu jusque dans
sa Bretagne natale.
Il faut crever cette nuit, faire rendre gorge aux ténèbres,
rappeler la vie et réhabiliter l'oeuvre de celui qui toujours voulut
demeurer, selon les titres de quelques-uns de ses essais,
désormais ignorés, «sur le chemin des hommes», «dans les
aventures de l'esprit» et «la foi difficile». Rendre simplement
la justice qu'il mérite à un penseur austère qui osa avouer un
jour qu'il avait «plus souci de la dignité des hommes que de
leur bonheur». Et, ce faisant, dire à mots clairs que, comme lui,
l'on croit davantage aux vertus d'un esprit qu'aux subterfuges
du paraître.