J'ai des blancs

Personne ne trouve grâce à ses yeux : les usagers des transports en
commun, le personnel des hôpitaux, les adolescents, leurs professeurs, les
gens en général provoquent en lui une hargne rentrée mêlée d'accablement.
Qu'est-ce qui pousse ce professeur en congé pour dépression à venir tous
les jours rôder autour de son établissement, un cartable vide à la main, en
ruminant l'exaspération que le genre humain provoque en lui ?
Il y a des pensées qu'il ne faut pas avoir, des régions intérieures friables
dans lesquelles mieux vaut éviter de se risquer si on ne veut pas provoquer
un effondrement, des souvenirs à laisser en blanc. Ne comptons donc pas
sur le narrateur atrabilaire pour nous révéler ses secrets. Heureusement il
y a les autres (femme en crise, adolescente en fugue), dont les histoires, en
croisant la sienne, vont le forcer à sortir de lui ou l'y ramener.
Entre-temps, des couloirs du RER aux rivières du Quercy, il aura été
question d'amour, de mort, d'organes, de coffres rustiques bretons et de
confit de canard.