Ignace de Loyola : Ignace avant saint Ignace : Juan de Anchieta et la famille de Loyola

Quiconque ouvre pour la première fois la volumineuse biographie
d'Ignace de Loyola composée par son disciple le jésuite Pedro
de Ribadeneira, ne tarde pas à éprouver une vive surprise.
Le premier chapitre est intitulé «Naissance et Vie du bienheureux
P. Ignace, avant que Dieu l'eût appelé à le connaître». L'auteur après
avoir indiqué en un court paragraphe la date de la naissance du saint, la
province où il vit le jour, le nom et la noblesse de ses parents, continue
en ces termes : «Une fois passées les premières années de son enfance,
il fut envoyé par ses parents à la Cour des Rois Catholiques. Et lorsqu'il
commença d'être jeune homme et que son sang commença de bouillonner,
mû de l'exemple de ses frères qui étaient des hommes vaillants, et de son
naturel décidé et magnanime, il s'adonna à tous les exercices militaires,
essayant de surpasser tous ses contemporains et d'acquérir le renom de
vaillant, l'honneur et la gloire militaire.»
Et, pour le prouver, Ribadeneira passe immédiatement au récit du
siège de Pampelune, en 1521, où Ignace fut blessé, à la double opération
qu'il subit avec un courage surhumain et à sa guérison, si surprenante
qu'il insinue qu'elle fut miraculeuse.
C'est tout ce que le biographe nous dit des vingt-neuf premières
années d'Ignace, d'un homme qu'il connut personnellement et longtemps,
qui appartenait à une famille notable, fondatrice de majorats et,
par conséquent, en possession d'archives soigneusement conservées,
ancien page du trésorier Velazquez, gentilhomme du vice-roi de Navarre,
Alonso Manrique, duc de Nájera. Et cependant comment comprendre
la conversion d'Ignace, sa sainteté, les idées directrices de sa fondation,
comment apprécier son mérite sans une connaissance précise du milieu
dont il est sorti, des fautes qu'il a commises, des expériences qu'il a
faites et des multiples accidents qui façonnèrent son corps et son âme ?
Un saint est d'abord un homme ; il existe autant de formes de sainteté
qu'il y a de types humains : loin d'abjurer sa personnalité première, le
converti l'adapte simplement à la poursuite d'un but nouveau.
Adolphe Coster