Ebola, géographie d'une crise sanitaire : 1994-2005

À travers l'analyse d'épidémies ayant sévi au Gabon et en République du Congo,
nous avons développé une approche visant à «dénaturaliser» les épidémies de fièvre
hémorragique à virus Ebola (FHVE). Celle-ci permet de mettre en avant les facteurs
spécifiques qui participent aux inégalités sociales temporaires et permanentes
existant sur les territoires où sévit le virus Ebola, les représentations sociales qui
gravitent autour de cette maladie et participent à en conditionner l'émergence et la
diffusion et les rapports de pouvoir qu'engendre l'apparition de cette maladie. Que
l'on convoque la notion de risque ou que l'on inspecte les interventions humanitaires
associées à la gestion des épidémies de FHVE, celles-ci sous-tendent des enjeux de
pouvoir et de représentations prégnants qui structurent la géographie sociale de
cette maladie.
Dans le cadre d'une démarche en géographie de la santé, l'auteure recourt à un
positionnement de géographie sociale pour comprendre, dans un premier temps,
les mécanismes et les processus de l'émergence virale et de sa diffusion dans une
population humaine et, dans un second temps elle analyse les logiques et les formes
qu'adoptent les sociétés pour faire face à la perturbation majeure que représente
une flambée épidémique de FHVE. De fait, la prise en compte du contexte spécifique
de l'Afrique centrale, notamment au Gabon et en République du Congo, permet de
cerner les constructions socio-historiques et politiques participant à la pérennité
d'inégalités sociales et territoriales de santé, terreau propice à l'émergence de la
maladie. Les processus d'émergence de la maladie et de pérennité des inégalités
sociales de santé à l'oeuvre sur les territoires contribuent à une gestion parfois
paradoxale des épidémies.
À partir d'une analyse à l'échelon local, en réhabilitant les identités déniées
des populations ayant subi ces épidémies, sont mis en évidence les processus de
construction d'une situation de crise sanitaire qui, loin d'être dû au seul pathogène,
apparaît comme une crise majeure due à des dynamiques socio-territoriales.