Vivre à Cordoue au Moyen Âge : solidarités citadines en terre d'Islam aux Xe-XIe siècles

Au X<sup>e</sup> siècle, Cordoue, capitale des Omeyyades d'Occident, forme une vaste conurbation
et apparaît comme la plus grande ville de la Méditerranée. Or, autant les chroniques
fourmillent de données concernant le groupe détenteur du pouvoir et permettent
de cerner les rouages de l'administration, l'entourage du prince ou le cérémonial
de la cour califale, autant elles ignorent le monde des citadins et les ressorts sur lesquels
la ville s'appuie pour fonctionner. Il faut se tourner vers le monde des juristes pour voir apparaître,
derrière les instances officielles qui gèrent la ville, les modes d'organisation sociale
qui permettent la vie d'une société urbaine, par définition foisonnante, plurielle et
multi-confessionnelle en terre d'Islam.
A travers le recueil de fatwas d'Ibn Sahl (1022-1093), se dessinent des espaces urbains
gérés par les habitants pour leur commun profit, espaces publics de la ville, espaces communautaires
du quartier, espaces de la maison partagés avec le voisin. L'ouvrage examine
ainsi le réseau hiérarchisé des rues, le monde du marché, les relations que les hommes entretiennent
autour de leurs murs ou de leur système d'évacuation des eaux. Les solidarités
citadines qui se développent autour des biens communs à l'ensemble des Cordouans
s'expriment surtout au niveau du quartier, l'espace de sociabilité par excellence des citadins
: la mosquée en constitue l'élément structurant et on y voit des hommes intervenir
dans la gestion de leur oratoire et développer un tissu urbain qu'ils sécrètent en se fondant
sur le respect d'un certain nombre de règles tacites répondant au principe fondamental La
darar wa la dirar , Ne nuis point à autrui !