Témoignages : 1945-1946

Vers la fin de la dernière guerre, on vit se dérouler en Europe centrale
une tragédie qui toucha 15 millions d'êtres humains. Que ceux-ci
aient été coupables, de près ou de loin, ou innocents, ils ont été expulsés
de leur lieu d'origine de la façon la plus inhumaine, de Prusse occidentale
et orientale, de Dantzig, de Poméranie, de Silésie, du pays des Sudètes,
comme de Roumanie et de Hongrie, de territoires où leurs ancêtres
avaient habité depuis près de mille ans, après avoir défriché le pays et
construit des villes et des villages. Sous la forme d'une expulsion en masse,
sans précédent dans l'histoire, ces millions de gens ont été tenus, dans un
mouvement de haine collective, pour responsables de ce qu'avaient fait
quelques individus et ont été jetés sur les routes. Au cours de leur fuite des
millions d'êtres ont péri, victimes de la faim et du froid, fusillés ou abattus.
Des centaines de milliers d'autres sont morts dans leur pays dévasté ou en
déportation. Le sort des femmes, des enfants, des vieillards, des malades
et des blessés fut horrible.
Le but du présent ouvrage paru au début des années cinquante était
de faire connaître au public allemand les actes d'humanité et d'entraide
des ressortissants des nations en guerre avec l'Allemagne au bénéfice des
populations expulsées pendant leur exode. Une grande partie des récits
publiés ici concerne les soldats français qui, rentrant de leur captivité
en Prusse orientale, en Poméranie, en Silésie, au pays des Sudètes,
accompagnèrent les convois de réfugiés. Les gens, simples pour la plupart,
qui ont écrit ces récits, ont eu à coeur, avant tout, d'apporter à ceux qui
les avaient aidés le témoignage que ce qu'ils ont fait reste inoubliable en
Allemagne.
Les textes parfois émouvants qu'on lira dans ce recueil ne sont pas
seulement des «témoignages d'humanité». Ils montrent qu'aux jours les
plus sombres l'étincelle ne s'est pas éteinte. Ce sont aussi et avant tout
des «témoignages de reconnaissance» envers des Américains, des Belges,
des Danois, des Français, des Polonais, des Russes, des Slovaques et des
Tchèques. Ce sont enfin des «témoignages» de ces rencontres d'homme à
homme, au-delà de l'abîme creusé par les erreurs et la fatalité.